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Bitcoin la nouvelle monnaie électronique, leçon de théorie monétaire

Bitcoin est une monnaie décentralisée qui fonctionne grâce à de puissants algorithmes. Ceux-ci tournent sur le réseau informatique constitué par les participants volontaires reliés par internet, qui mettent à la disposition du logiciel leurs machines en échange de … bitcoins.


Bitcoin est en fait à la fois une devise monétaire et un système de paiement accepté par un nombre de commerces encore restreint mais de plus en plus important… Surtout, des places boursières « virtuelles », la principale étant MtGox au Japon, permettent d’échanger les bitcoins contre de la monnaie sonnante et trébuchante. Entre janvier 2013 et décembre 2017 , le cours du bitcoin est passé de 20$ à 15000$… Outre la forte augmentation de son cours qui attire les projecteurs sur lui, le Bitcoin est intéressant car c’est de loin la forme de monnaie électronique indépendante la plus aboutie à ce jour. Il n’est pas inintéressant de s’y pencher, pour ce que cela nous apprend sur le concept de monnaie…

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Introduction aux Bitcoins

Comment ils sont créés. L’économie sous-jacente au bitcoin repose sur le réseau formé par les ordinateurs de ses utilisateurs. A intervalles prédéfinis par un algorithme informatique, de nouveaux bitcoins sont émis, de la même manière qu’une banque centrale émet de la monnaie. Mais la vitesse à laquelle les nouveaux bitcoins sont émis décroit, de telle sorte que le nombre maximal de bitcoin en circulation sera de 21 millions, chiffre dont on s’approchera au début des années 2030. Ce rythme « automatique » ne dépendant pas de l’environnement économique pour la création monétaire fait penser à la règle de k-pourcent de Milton Friedman. L’économiste avait proposé, pour éviter l’hyper-inflation, que la création monétaire ne soit pas régulée par le gouvernement mais qu’elle soit prévue à l’avance et que le rythme ne soit pas changé au gré des cycles économiques.

L’algorithme gérant la création des bitcoins est très compliqué. Le lecteur consciencieux ou passionné d’informatique pourra se référer à l’article wikipédia sur les bitcoins. Mais ce qui est intéressant de retenir, c’est que l’offre de monnaie en bitcoin n’est pas gérée par une banque centrale ou par les banques, comme c’est le cas pour les monnaies traditionnelles. En effet, la création de l’Euro est principalement le fait des banques, qui créent de la monnaie chaque fois qu’elles accordent un prêt à des particuliers ou à une entreprise. C’est à dire que les monnaies traditionnelles sont créées par de la dette, des prêts… L’offre de bitcoin n’est au contraire pas du tout liée à de la dette. C’est une approche innovante et créative qui mérite que l’on y réfléchisse.

Comment ils sont exploités. Afin d’éviter les fraudes, la comptabilité des transactions est sauvegardée dans son intégralité. Mais là encore, pas de banques, ni de banques centrales. En fait, c’est sur un ordinateur du réseau, choisit aléatoirement et qui change toutes les 10 minutes, que sont conservés les historiques des transactions de l’ensemble du réseau. Les transactions sont validées par les ordinateurs des participants actifs qui à cet effet doivent décoder des messages cryptés. Le premier ordinateur à y parvenir et à valider la transaction est récompensé par l’octroi de 50 bitcoins. Enfin, une fois que l’on a téléchargé l’application et acquis des bitcoins, on peut les conserver sur le bureau de son ordinateur ou bien sur un serveur spécialisé… de nombreuses start-up se sont créées qui proposent des outils de paiement ou de stockage en bitcoins.

Comment ils sont dépensés. Une fois que les utilisateurs ont l’application, il est très simple de dépenser ses bitcoins. Les sites et commerçants acceptant les bitcoins sont encore peu nombreux, mais il y en a de plus en plus et leur nombre croit rapidement. De plus en plus d’entreprises proposent des services pour faciliter l’utilisation de bitcoin, allant de sorte de distributeurs automatiques virtuels à l’équivalent de PayPal…

Bitcoin et les monnaies traditionnelles

Beaucoup de choses peuvent servir de monnaie. N’importe qui peut, en fait, créer de la monnaie. Le plus difficile est ensuite de la faire accepter par d’autres… Et comme la raison d’être de la monnaie est l’échange, n’importe quoi peut en fait servir de monnaie tant qu’elle est acceptée par suffisamment de monde… C’est cette dernière condition, le fait d’être accepté à grande échelle, qui restreint le nombre de « choses » acceptées comme monnaie.

L’or par exemple, qui peut être considérée comme une matière première, mais aussi comme de la monnaie, n’est pas accepté partout comme moyen de paiement. L’or est donc un type de monnaie, mais pas une monnaie très liquide. En fait, les Bitcoins sont en cela très similaires à l’or. Quand on a des Bitcoins, on peut les utiliser pour acheter des biens ou services seulement auprès des commerçants qui acceptent les Bitcoins. Mais pour le supermarché où vous allez faire vos courses le week-end, le Bitcoin est comme l’or, c’est de l’argent qui ne peut pas servir de moyen de paiement.

Dans la plupart des grandes économies occidentales, la principale forme de monnaie est constituée par les dépôts bancaires. Ce sont les dépôts bancaires qui dominent le système de paiment de ces économies. Ces systèmes de paiement et cette monnaie sont gérées par les banques privées, auxquelles les gouvernements ont sous-traité cette gestion de la monnaie. Du coup, si vous voulez avoir accès au mode de paiement le plus utilisé et le plus pratique, les euros en Europe ou les dollars aux Etats-Unis, il vous faut devenir membre de ce sytème de paiement, en général cela signifie devenir client d’une banque. Cela vous donne accès à des cartes de crédit, à un compte où sont comptabilisées vos opérations,… bref, grâce à votre compte bancaire vous pouvez interagir avec le système de paiement en vigueur.

Acquérir des Bitcoins est similaire en un sens, mais aussi différent…

Différence entre les Bitcoins et les monnaies traditionnelles

En effet, vos « comptes » en bitcoins ne sont pas centralisés, ils ne sont pas tenus par une « banque bitcoin ». Surtout vous ne pouvez pas emprunter des bitcoins auprès d’une institution qui vous prêterait ces bitcoins en les créant « de toute pièce », comme le fait une banque traditionnelle lorsqu’elle vous prête des euros (en fait, elle va ensuite les récupérer à la banque centrale qui les crée pour elle si besoin). Nous développons ces différences ci-dessous.

Tout d’abord le système de l’Euro est supervisé par les gouvernements et par la banque centrale (idem pour toutes les grandes monnaies). L’Euro est régulé par des obligations et des lois encadrant les institutions qui le gèrent indirectement, à savoir les banques. Les banques, pour créer de la monnaie (en accordant des prêts), doivent respecter le cadre réglementaire des gouvernements européens et de la BCE.

Cela donne un certain crédit à l’Euro qui est une monnaie dans laquelle on a confiance (comme le Dollar, le Yen ou la Livre Sterling). Le gouvernement « assure » en quelque sorte les utilisateurs de l’Euro contre les fraudes, les dysfonctionnements… Ce n’est pas le cas pour les Bitcoins qui ne sont pas supervisés par une institution légale et peuvent donc manquer de ce capital confiance.

C’est à la fois la faiblesse et la force des Bitcoins : ils sont créés en dehors du circuit normal. La plupart des monnaies classiques sont créées sous forme de dette au travers des prêts accordés par les banques. Mais du coup, pour utiliser des dollars ou des euros, il faut « payer »… (on paie les intérêts sur ces prêts). Avec la décentralisation de leur création, les Bitcoins sont bien moins coûteux à produire et donc à utiliser. Par ailleurs, c’est de la monnaie qui n’est pas directement rattachée à de la dette.

Enfin, Bitcoin fonctionne… Son cours s’est envolé dernièrement. Cela prouve donc que de la monnaie créée entièrement par et pour le secteur privé et dédiée à l’échange (sans les aspects budgétaires, fiscaux, ou de politique monétaire rattachés à l’Euro) peut exister. Les Bitcoins prouvent que la monnaie peut donc être créée indépendemment des gouvernements mais aussi en dehors du circuit de l’imposition et des taxes… Là encore il y a des avantages et des inconvénients et nous ne prenons pas parti… Mais l’idée mérite au moins que l’on y réfléchisse.

Le futur des Bitcoins

Ce dernier point est d’ailleurs sans doute ce qui causera la perte des Bitcoins. En effet, soit les Bitcoins tomberont dans l’oubli, soit, s’ils fonctionnent, seront pris en charge et régulés par les gouvernements.

Il y a beaucoup d’innovation et de créativité derrière les Bitcoins. C’est une manière brillante et innovante de créer de la monnaie. Mais la monnaie est un lien « social », qui sert les intérêts privés mais également une fonction « publique »… Il faut donc une forme ou une autre de taxe ou d’imposition liée à la monnaie, sinon elle ne peut pas jouer son rôle de lien social.

C’est pourquoi, si les Bitcoins restent comme ils sont, à savoir une forme alternative mais anecdotique de monnaie, tout ira bien. En revanche, si les Bitcoins prenaient de l’ampleur et se mettaient à concurrencer les monnaies classiques, il est certain que les gouvernement entreraient en scène pour réguler voire interdire leur utilisation.

Ainsi, les Bitcoins, s’ils sont intéressants sur un plan intellectuel, ne pourront jamais concurrencer les formes de monnaies classiques. En cas de succès, les gouvernements entreraient immédiatement en action pour protéger le système bancaire tel qu’il existe, c’est à dire la monnaie sur laquelle il a la main… Car … « dis-toi bien qu’en matière de monnaie les États ont tous les droits et les particuliers aucun ! » (Jean Gabin, Le Cave se rebiffe (1962), écrit par Michel Audiard).


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